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Musées Cantonaux, 4350 2016/3 2/7
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LES CARTES DU RHONE

Le Rhône à travers les cartes topographiques

Cette exposition virtuelle a pour ambition de valoriser les cartes topographiques anciennes déposées aux Archives de l’Etat du Valais et de promouvoir CATIMA – une base de donnée riche d’une centaine de cartes anciennes numérisées, destinées autant au grand public qu’aux chercheurs.

Les cartes choisies sont regroupées en deux sections : intitulée « Une cohabitation difficile », la première section s’intéresse aux problèmes rencontrés par les riverains du fleuve, qui s’écoule encore librement dans la vallée durant la première moitié du XIXe siècle. Quant à la section « Dompter le fleuve », elle se penche sur les travaux de grande ampleur nécessaires à la correction du Rhône à partir de la seconde moitié du XIXe siècle.

Cette exposition est le fruit d’une collaboration entre les Archives de l’Etat du Valais, l’association Mémoire du Rhône et l’Institut de géographie et durabilité de l’Université de Lausanne.

Rédaction : Simren Cornut, stagiaire universitaire aux Archives de l’Etat du Valais.
Direction scientifique : Alain Dubois, Archiviste cantonal ; Emmanuel Reynard, Professeur de géographie à l’Université de Lausanne.

« Une cohabitation difficile »

Saillon, plaine et montagnes. Refhous Alfred, 1878/1912. Galerie d'art de la BCVS.

« Avant son assèchement et sa mise en culture, la plaine du Valais était très belle. A perte de vue des bosquets de vernes et de saules, de vieux bouleaux, des étangs couverts de nénuphars et bordés de roseaux, des gouffres aux eaux limpides, des bras secondaires du Rhône aux eaux grises, des oiseaux aquatiques et des poissons innombrables, la couleuvre vipérine et la belle couleuvre zamenis voisinant avec la couleuvre à collier, et ce vent qui remonte la vallée, courbant tout devant lui, au point que ̎les arbres restent inclinés, dans l’attitude d’une fuite éperdue  » (Daudet). « Oh! ce vent dans les peupliers qui bordent la route de Branson, quelle musique ! » (Ignace Mariétan)

Le Rhône de Riddes à Martigny (1803)

CH AEV, DTP, Plans, Rhône, 1: le Rhône de Riddes à Martigny.

Loin du ruban d’eau s’écoulant sans bruit au centre de la vallée, le Rhône serpentait jadis librement dans la plaine, n’hésitant pas à sortir de son lit lors de périodes de fonte des neiges ou d’épisodes pluviaux intenses. Bien que les débordements du Rhône rythmaient régulièrement la vie des riverains, ses terrains fertiles alentours représentaient un intérêt agricole important : les terres étaient cultivées et les zones plus marécageuses étaient utilisées pour l'élevage et pour le prélèvement de bois et de fourrage. C’est pourquoi leur usage était réglementé aussi rigoureusement que celui des coteaux. (Léna Pasche)

Cette carte de 1803 présente l’ancien tracé du fleuve, entre Riddes et Mazembroz : le Rhône possède encore deux cours principaux, une multitude de bras, des îles de sable et de graviers. Le tracé ne cesse de recomposer son parcours en de multiples tresses. La présence d’une végétation abondante laisse penser que le tracé du Rhône a peu évolué au cours des dernières années. Entre 1782 et 1834, il semble que les crues du Rhône vivent une « période d’accalmie relative » (Dominique Baud, Emmanuel Reynard, Jonathan Bussard). Plus étonnant, on y voit des barrières, dites « traversières » ou « offensives », constituées de graviers, de pierres et de branches, qui devaient renvoyer le courant vers la rive opposée. Signes de l’activité humaine pour se défendre des effets dévastateurs du Rhône, c’est déjà à la fin du Moyen Age que les autorités entreprennent les premières défenses – quoique sommaires –, contredisant les clichés bien ancrés qui attribuent à la population valaisanne du XVe siècle au XVIIIe siècle une passivité à l’égard du Rhône. (Muriel Borgeat)

la carte Napoléon (1802)

 

Extrait carte Archives nationales française, Paris, CHAN-F/14/10191 et 10192, Photo 52, raccord 3-4.

A la fin du XVIIIe siècle, la Suisse, encore déchirée par des conflits internes, est conquise par les troupes françaises. Le général Bonaparte y fait établir une république unitaire appelé la République helvétique (1798-1803). Si le Valais intègre pleinement cette nouvelle république, il représente toutefois un passage stratégique non négligeable pour Napoléon, qui le déclare de facto indépendant le 13 août 1802, et lui attribue le nom de République indépendante du Valais. La vallée du Rhône assurerait à la France le contrôle des cols alpins et la surveillance de l’Italie ; pour relier rapidement l’Italie avec son armée, Napoléon Ier a besoin de routes solides.

Levée en 1802 pour établir le projet de la route Genève-Milan, la carte « impériale » ou plan Napoléon permet aux ingénieurs de l’époque comme d’aujourd’hui d’étudier le tracé du Rhône, ses bras, et surtout les corridors de graviers, même asséchés, visibles actuellement. La plupart des sections sont représentées en couleur, à l’aquarelle, d’autres en noir et blanc. Cet extrait présente la région de Saint-Maurice, alors chef-lieu d’arrondissement. La perspective du plan est intéressante à souligner : la plaine et le bas des pentes sont représentés comme vus du ciel tandis qu’à l’arrière, les montagnes sont figurées comme vues de la plaine. Sont également dessinés avec beaucoup de détails les cours d’eau, la végétation et les parcelles agricoles. (Michel Lechevalier)

Projection de la Route de Sierre dans la plaine de Tourtemagne (1813)

CH AEV, DTP, Plans, Routes, 6.1 : Département du Simplon. Plan de la route projetée entre Sierre et l'extrémité de la route neuve dans la plaine de Tourtemagne.

De 1810 à 1813, le Valais est intégré à l’Empire de Napoléon sous le nom du département du Simplon – affichant clairement les prétentions commerciales et militaires que représente le col du Simplon pour l’empereur. Levée en 1813, cette carte a pour objectif de récolter des informations plus précises sur les territoires situés le long de la route du Valais, que Napoléon envisageait de rénover. Elle présente le nouveau tracé de la route n°6, en rouge, reliant Sierre à Tourtemagne. La carte est révélatrice des problèmes que représente le Rhône pour les voies de communication ; le fleuve s’écoule librement en tresses, les alentours déserts témoignent bien de ses fréquents débordements. La route est par conséquent tracée au pied du versant adret, à bonne distance du Rhône. (Stephanie Summatter)

« Dompter le Rhône »

CH AEV, 6300-2, 324. Carte évaluant la qualité des terrains de la plaine entre Riddes et Martigny.

« Qu’en serait-il si le Rhône venait à être digué et s’il en était extrait des canaux disposés à propos pour combler par ses eaux marneuses tous les bas-fonds et dessécher ainsi les marais dont les miasmes sont si nuisibles à la salubrité. De languissante qu’est la population de quelques endroits de la plaine, elle deviendrait agile, robuste et laborieuse et, au lieu de sept mille âmes dont se compose le dixain actuel de Martigny, ce ne serait pas exagéré d’en porter l'augmentation aux deux tiers ». Lettre de Jean Philippe Morand, Président du dizain de Martigny, au ministre de l’Intérieur, le 7 décembre 1810 (Michel Lechevalier).

Coupure du Leukerfeld (1860)

CH AEV, DTP, Plans, Rhône, 55 : coupure du Leukerfeld. Plan.

Etape essentielle de la Première Correction du Rhône, le redressement du lit du fleuve a pour mission de rendre le tracé plus droit et plus régulier. Certains méandres sont sectionnés aux endroits où le cours est particulièrement sinueux, augmentant la pente et donc la vitesse et la puissance de charriage du Rhône, ce qui doit faciliter l’évacuation des sédiments. Cette carte de 1860 présente la coupure au Leukerfeld, situé à Agarn, à l’amont du cône de déjection de l’Illgraben. L’obstacle que forme le cône de déjection a eu pour effet de réduire fortement la pente à l’amont, ce qui a favorisé la formation de ce méandre. La carte souligne l’importance de l’ouvrage : une coupure de 1400 mètres permet un approfondissement du lit du fleuve de 1.50 mètre. Toute la plaine est par conséquent asséchée dans la région sans avoir besoin de creuser de canaux. Ces coupures sont effectuées entre 1865 et 1878 sur sept sections, à Brigerbad, Gampel, Tourtemagne, Loèche, Saxon, Saillon et Fully, pour une longueur totale de quinze kilomètres environ. (Léna Pasche)

Régime du Rhône à St-Léonard (env. 1890)

CH AEV, DTP, Plans, Rhône, 119 : Régime du Rhône. Commune de Sion. Plan de situation. Echelle 1:1000.

L’endiguement du Rhône change radicalement le visage des paysages de la plaine alluviale. Il permet d’abord les travaux d’infrastructures (chemin de fer et routes) nécessaires au démarrage économique du Valais à partir de 1893, puis le développement des terres agricoles et enfin les zones d’habitat (Dominique Baud, Emmanuel Reynard, Jonathan Bussard).

Levée à la fin du XIXe siècle, cette carte témoigne des travaux effectués durant la Première Correction du Rhône, ici au sud de Saint-Léonard. L’endiguement comprend les digues longitudinales et les épis, de façon à créer un profil double avec un lit majeur et un lit mineur (Léna Pasche). Longs d’une vingtaine de mètres, les épis partent du sommet des digues et descendent en pente douce vers le niveau des basses eaux, perpendiculairement au courant. Pour mieux comprendre le système, un plan et une coupe d’un épi sont représentés en haut à gauche ; à droite, est visible le profil en long de la section considérée. La carte présente aussi les parcelles agricoles et les vergers, des indications toponymiques et topographiques, ainsi que l’extension des zones humides en bordure du Rhône.

Assèchement de la plaine du Rhône (env. 1890)

CH AEV, DTP, Plans, Assainissements, 15 : plaine de Bâtiaz-Martigny-Fully. Plan de situation au 1:10 000.

Malgré les premières mesures de correction de la décennie 1860, les régions les plus basses de la plaine restent marécageuses. Alors que les digues protègent des débordements du fleuve, les cours d’eau s’écoulant des versants et plusieurs affluents principaux ne se jettent pas directement dans le Rhône ; l’eau reste prisonnière entre les digues et les points hauts, notamment les cônes de déjection (Léna Pasche). Cette carte de la plaine de Martigny – Fully – Bâtiaz (env. 1890) propose un projet d’assainissement généralisé. Alors que le tracé du Rhône est similaire à celui de nos jours, l’espace situé en rive gauche, du Guercet à Saxon, est encore en grande partie marécageux. Il est prévu que l’eau soit drainée par un collecteur principal puis par une série de canaux secondaires, bien visibles sur le plan. Malgré des résultats mitigés, les travaux d’assainissement de la plaine sont réalisés pour mettre en culture les terres gagnées sur les marais par l’endiguement, mais aussi pour une question sanitaire – cette période est marquée par la « fièvre des marais », en référence à la propagation de la malaria, dont les moustiques se font le vecteur (Stéphane Emonet). Il faudra plus de 60 ans pour que la majeure partie de la plaine soit asséchée, soit jusqu’à la fin des années 1930.

Le chemin de fer en Valais (env. 1850)

 

CH AEV, DTP, Plans, Chemin de fer, 1.

L’histoire du chemin de fer en Valais peut surprendre à bien des égards. Le faible intérêt économique et démographique que représente le Valais n’est pas propice au développement du chemin de fer, comme le constate l’auteur du Dictionnaire géographique et statistique de la Suisse en 1861 (Markus Lutz). Pourtant, comme le témoigne le premier extrait d’une série de 8 feuillets datant des années 1850 – représentant le tracé du chemin de fer [en rouge] de l’embouchure du Rhône dans le lac Léman jusqu’à Brigue –, c’est déjà en 1853 que le Valais accorde une concession pour la création d’une ligne du Bouveret à Sion (mise en service en 1859 jusqu’à Martigny et en 1860 jusqu’à Sion). Deux facteurs expliquent l’intérêt de l’investissement : le transit des voyageurs vers l’Italie et le tourisme dans les vallées latérales. En 1861 sont recensés 2800 touristes de tout genre et de toute nation ; 25'000 passagers de toutes conditions et 3216 balles de riz, maïs et châtaignes (Paul Perrin). Mais c’est la question sécuritaire qui fait pencher la balance : sur la ligne en amont de Sion, l’ingénieur en charge de la Première Correction du Rhône, Ignaz Venetz, propose d’utiliser la digue longitudinale du Rhône comme remblai pour la voie ferrée – évitant ainsi de gaspiller des surfaces cultivables dans la vallée parfois très étroite (comme cela a été le cas dans le Bas-Valais). Mieux, pour les autorités valaisannes, cet argument permettrait de faciliter l’obtention du financement de la Confédération pour les travaux de correction du fleuve (Léna Pasche).

La correction du St-Barthélemy (1874)

 

CH AEV, DTP, Torrents, 21.3 : Le Saint-Barthélemy. Plan.

Prenant sa source au glacier de Plan Névé, au pied de la Cime de l’Est, le Saint-Barthélémy est aujourd’hui canalisé à travers le Bois Noir jusqu’au lit du Rhône niché au pied du massif de Morcles.

Pourtant, l’histoire du Saint-Barthélémy n’est pas celle d’un torrent tranquille. Ses fréquents débordements au cours du temps ont forcé les autorités à prendre des mesures drastiques. Intitulé « Le Saint-Barthélemy après la débâcle de 1874 », ce plan de correction en témoigne : le lit est dévié du tracé original et élargi ; les voies de communication, détruites en partie, sont repensées.

Malgré les efforts, celui que la presse caractérise encore de « maudit » en 1930, débordera pas moins de huit fois durant le XXe siècle, notamment entre 1926-1930, période marquée par des catastrophes naturelles sans précédent pour cette région. Cependant, la construction de trois barrages – respectivement en 1930, 1975 et 1983 – dans le bassin de réception du torrent montrera rapidement des effets positifs sur le long terme (Benjamin Rudaz).

Plan du Glarier de Gamsen (1873)

CH AEV, DTP, Plans, Rhône, 59bis. Plan du Glarier de Gamsen.

Levé en 1873, le plan au lieu-dit du Glarier de Gamsen (Glis) fait référence au recours de la commune de Glis contre les nouvelles ordonnances du Conseil d’Etat. Dans la région, le fleuve est maintenu dans ses limites par un mur longitudinal de trop faible hauteur et exige un complément de diguement. La construction d’un arrière-bord parallèle au travail existant est par conséquent urgente comme nous l’apprend le Confédéré du 20 juillet 1973. Et le journal de rajouter : « les grandes dépenses imposées à cette commune pour le diguement de la Saltine motivent le retard apporté à ce travail ». La commune de Glis rappelle que l’Etat a fait exécuté des travaux de diguement en 1866 et 1867 sans faire intervenir la commune ; celle-ci estime alors l’Etat à charge financière de cette zone (Gazette du Valais, 22 juin 1873). Après expertise, la Conseil d’Etat rejette ce recours.

Comme nous l’avons vu, une carte ancienne peut être révélatrice de nombreux détails géo-historiques : les anciens tracés du Rhône ; les étendus de sable alentours du fleuves ; les moyens de défense effectués par les autorités. Cependant, une carte ancienne peut également souligner des tensions qu’occasionne la première correction du Rhône. Les projets de correction mettent effectivement en lumière la dynamique sociale et permettent au-delà de comprendre la dimension politique « des relations de l’homme à son environnement ».

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